A Hong Kong, les professeurs particuliers sont millionnaires

A Hong-Kong, l’engouement pour les cours particuliers est tel que les « tuteurs » deviennent de véritables stars, que les parents sont prêts à payer très cher…

Un spectacle étonnant s’offre en ce moment à tous ceux qui se promènent à Hong Kong. Partout, dans le métro comme dans la rue, de grandes affiches en 4 par 3 vantent les mérites de cours particuliers pour préparer le soir, en plus du lycée, l’équivalent local du baccalauréat. Une incroyable déferlante publicitaire dans laquelle les professeurs les plus connus sont présentés comme des stars.

Des professeurs très courtisés

Comme tous les ans, au moment de la rentrée des classes, on voit fleurir à Hong Kong des affiches publicitaires qui ressemblent à des posters de cinéma. On y voit des jeunes trentenaires au look soigné prendre des poses étudiées, le plus souvent sérieuses mais aussi conquérantes et parfois même presque sexy. Ces protagonistes ressemblent à des gravures de mode ou à des stars de la chanson mais ce sont pourtant des professeurs particuliers. Le bas de l’affiche publicitaire permet de ne pas s’y tromper : on y trouve le nom d’une ou plusieurs matières (chimie, mathématique, anglais, physique) ainsi qu’un numéro de téléphone et un site internet.

Dans un système scolaire extraordinairement compétitif, les meilleurs de ces professeurs particuliers sont courtisés par tous. Les plus charismatiques et les plus didactiques gagnent d’ailleurs des sommes largement supérieures à celles des banquiers d’affaires de Hong Kong. Un cours peut en effet coûter plus de 55 euros. Et il ne s’agit bien évidemment pas d’une séance en tête à tête. Les élèves se réunissent dans un amphi bondé et la plupart doivent d’ailleurs suivre le cours sur des écrans géants, répartis dans différentes salles de la ville. King’s Glory, l’une des sociétés de cours particuliers les plus importantes de Hong Kong, distribue ainsi chaque jour ses cours en vidéo dans une trentaine de centres.

Qualités pédagogiques

Pour les professeurs les plus doués, les salaires deviennent mécaniquement très élevés. Alan Chan, 35 ans, le tuteur d’anglais le plus recherché de Hong Kong a plus de 10.000 élèves et gagnerait plus de 2,5 millions d’euros par an. En contrepartie, il s’astreint dit-il à un emploi du temps de sportif de haut niveau et à un régime alimentaire draconien. Il peut ainsi donner chaque jour pendant plusieurs heures des cours enthousiastes et des explications de qualité. Il confesse suivre aussi l’actualité à laquelle ses jeunes élèves sont sensibles. Il en tire des exemples qui leur restent à l’esprit ainsi qu’un style vestimentaire, une coupe de cheveux et une façon de s’exprimer qui leur plaît.

Parmi les autres jeunes professeurs demandés par les élèves et leurs parents, on trouve également April Ip, Cindy Wong et Kelly Mok, des jeunes femmes qui combinent physique avantageux et qualités pédagogiques. C’est d’ailleurs là l’une des clés du succès de ces professeurs-stars : fournir des explications claires et encourager un processus d’identification pour renforcer l’envie d’apprendre. Cela semble porter ses fruits : les étudiants des meilleurs professeurs confessent qu’ils révisent non seulement le programme des examens mais qu’ils découvrent surtout comment présenter leur savoir et mettre en avant leurs connaissances.

Sélection drastique

Ce star-système un peu fou des professeurs particuliers n’est possible que dans la mesure où le système scolaire local favorise un bachotage intensif. La sélection à l’école est drastique et les places dans les trois meilleures universités du territoire (Hong Kong University, Chinese University of Hong Kong et Hong Kong University of Science and Technology) sont très limitées et conditionnées par l’obtention d’excellentes notes à l’examen de fin de scolarité – plus ou moins comparable à notre baccalauréat national. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que 85% des élèves de Hong Kong aient recours à des cours particuliers.

Afin d’optimiser les chances de réussite de leur progéniture, les parents poussent cependant leurs enfants bien avant cet examen final. Ils cherchent, parfois dès la maternelle, à envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles. S’ils y parviennent, ces derniers auront alors plus de chances d’intégrer une école primaire de qualité puis un collège-lycée d’excellence.

Des entretiens d’admission dès la maternelle

Les écoles primaires (et certaines maternelles) à Hong Kong proposent ainsi un entretien d’admission aux familles. Pour briller lors de ces discussions, il est préférable de pouvoir montrer par exemple que son enfant a fréquenté un jardin d’enfant bilingue chinois-anglais et qu’il a pris des cours de dessin, de cuisine ou de musique. Dans cette optique, toutes les activités proposées aux enfants à Hong Kong permettent d’obtenir une sorte de mini-diplôme. Ce document pourra alors, le moment venu, être présenté par les parents dans l’école à laquelle ils postulent. Le principe est brutal mais au final plutôt simple : plus le nombre de certificats est élevé, plus l’enfant a de chances d’être admis dans une école de bon niveau.

Détail presque comique dans cette situation incroyable, l’an dernier, un faussaire spécialisé dans les mini-diplômes pour enfants a été arrêté. Chez lui, on a trouvé pêle-mêle des certificats de jardin d’enfant, de cours de piano et de bébé-nageurs.


Article paru dans La Tribune le 10 septembre 2014

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