Ce que François Hollande devrait apprendre de Hong Kong

Alors qu’en France, le Président annonçait la baisse des charges pour les entreprises entre deux questions sur sa vie privée, le chef de l’exécutif hongkongais présentait ses objectifs annuels. Et la musique n’était pas la même…

Il n’y a pas qu’en France que le chef de l’Etat donnait une conférence de presse très attendue. A Hong Kong, le chef de l’exécutif CY Leung, s’exprimait le 15 janvier devant l’Assemblée Législative pour présenter ses objectifs annuels. Dans un étonnant jeu de miroirs, le contenu de chaque intervention illustre le décalage entre les deux pays.

Les parallèles entre François Hollande et CY Leung sont nombreux. Partis tous les deux de très loin dans les sondages, ils ont chacun remporté en 2012 une élection leur donnant accès à la plus haute fonction de leur pays. Ils sont d’ailleurs apparus l’un comme l’autre comme des vainqueurs surprise ; François Hollande profitant de la chute rocambolesque de DSK et CY Leung préféré au tout dernier moment à un favori englué dans un scandale immobilier.

Une volonté d’infléchir son modèle national

A part l’ennui que beaucoup d’observateurs disent avoir éprouvé en écoutant les deux discours, il était difficile de trouver des points communs à ces interventions : alors que le Président français promet de diminuer les charges des entreprises mais se défend d’être « gagné par le libéralisme », CY Leung explique que « le gouvernement se doit de ne pas intervenir lorsque le marché fonctionne efficacement ».

Paradoxalement, si une ressemblance peut être trouvée entre les deux discours c’est la volonté de chacun des dirigeants d’infléchir, au moins en paroles, son modèle national : baisser la fiscalité et les contraintes en France, dans un pays parfois paralysé et améliorer les prestations sociales à Hong Kong, l’un des temples du libéralisme économique.

Hong-Kong, ville de liberté économique

Les mesures sociales égrenées par CY Leung sont effectivement très nombreuses. Réagissant aux mauvais chiffres sur les inégalités parus l’automne dernier lors du calcul du seuil de pauvreté (voir notre article du 21 octobre 2013), le chef de l’exécutif de Hong Kong a proposé différentes actions en faveur des plus pauvres. Point d’orgue de son discours, il a promis de distribuer 300 millions d’euros d’aide aux familles démunies et d’injecter un milliard d’euros dans des projets immobiliers pour les personnes âgées.

Il ne faut pourtant pas voir dans ces mesures une remise en cause du modèle hongkongais. CY Leung précise qu’il n’a aucune intention d’augmenter les impôts et que la meilleure façon de financer les dépenses reste de favoriser la croissance. Hong Kong assume clairement son statut de territoire favorable aux affaires et ne souhaite pas en déroger. Pour la vingtième année consécutive (!), la ville figure d’ailleurs en tête du classement de l’index de liberté économique établi cette semaine par le think tank américain The Heritage Foundation.

Une administration limpide

CY Leung qui parle de fiscalité à Hong Kong, c’est un peu comme Jean-Luc Mélenchon qui parle du système social français (le côté tribun en moins) : même attachement viscéral à un modèle et même volonté de préserver des acquis. A Hong Kong, la simplicité administrative et la fiscalité réduite font la fierté de la ville. Le système fiscal est si limpide qu’il peut être résumé en quelques lignes que tout le territoire connaît : impôt sur les sociétés à 16,5%, impôt sur le revenu à 15% maximum, impôt sur les revenus fonciers à 15% et… c’est tout. Pas de TVA, ni de taxe foncière ou sur les dividendes. Encore moins de CSG, de taxe d’apprentissage, d’ISF ou de droits de successions.

Comment CY Leung compte-t-il donc financer ses promesses ? Même s’il existe encore quelques zones d’ombres, la priorité affichée est d’utiliser l’excédent budgétaire. Ce dernier s’élevait l’an dernier à 6,5 milliards d’euros, très loin de notre déficit de 72 milliards. Un chiffre parmi d’autres qui illustre une nouvelle fois le décalage actuel entre les deux pays.


Article publié dans La Tribune le 20 janvier 2014

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