Pauvreté Hong Kong

Hong Kong (re)découvre ses pauvres

Après un demi siècle de croissance à faire pâlir l’Europe d’envie, l’ancien dragon asiatique est aujourd’hui l’une des villes les plus riches du monde. Depuis septembre cependant, Hong Kong a redécouvert ce qu’elle pensait avoir vaincu il y a déjà plusieurs années : la pauvreté.

C’est dans les années 60 que Hong Kong sort du sous-développement et devient peu à peu un pays industrialisé. L’ouverture de la Chine en 1979 et la création des zones franches, notamment celle de Shenzhen, au nord de Hong Kong, vont encore accélérer le développement de la ville.

Un petit havre d’équité sociale ?

L’économie se diversifie et se tourne alors vers les services, notamment la logistique portuaire et la finance. Cette période dorée permet à Hong Kong de gagner sa place parmi les pays développés. Son PIB par habitant passe de 5.700 dollars en 1980 à 36.000 en 2012, soit un niveau comparable à la France ou au Royaume-Uni.

Ce développement s’accompagne par ailleurs d’avancées sociales majeures : la santé et l’éducation sont gratuites, les transports peu chers et la ville propose des logements sociaux à des prix attractifs. En 1996, Hong Kong fait un nouveau geste en faveur des plus démunis et introduit la Comprehensive Social Security Assistance (CSSA), une sorte de mini sécurité sociale locale.

Ultra-précaire précarité

Forte de ces succès, Hong Kong se considère à bien des égards comme un petit havre de prospérité et d’équité sociale. Le choc est donc grand quand, le 28 septembre dernier, la ville calcule pour la première fois son seuil de pauvreté. Même si personne n’était naïf au point de croire qu’il n’y avait plus de pauvres, le résultat surprend : 1,3 million de personnes, soit 16,1% de la population, vivent sous le seuil de pauvreté, défini comme en France comme la moitié du salaire médian.

Le bas niveau du seuil de pauvreté étonne également. Il se situe à 3.600 dollars de Hong Kong (360€) par mois pour une personne seule. En France, par comparaison, 7,7% de la population vit sous le seuil de pauvreté (égal à 814 euros par mois).

Un salaire minium insuffisant ?

Les résultats de l’enquête montrent qu’à Hong Kong, la précarité concerne d’abord les travailleurs pauvres et les personnes âgées. Ils révèlent également que de nombreux démunis, bien qu’ayant droit aux aides sociales, ne s’inscrivent pas à la CSSA. Dans la culture locale, recevoir une aide publique est en effet souvent perçu par le récipiendaire comme une déchéance personnelle.

Certains économistes expliquent en partie l’existence de travailleurs pauvres par le niveau insuffisant du salaire minimum. Augmenté en mai dernier, il se situe aujourd’hui à 30HK$ (3,00€) de l’heure, un niveau que beaucoup jugent trop faible. Selon eux, un exemple simple permet de le montrer : dans aucun autre pays développé au monde le prix du menu Big Mac de McDonald’s n’est aussi bas. Il coûte en effet 21HK$ (2,10€), contre 6,30€ en France.

Les arbitrages commencent

Quelles solutions donc pour diminuer la pauvreté ? Certains penchent pour une augmentation du salaire minimum, expliquant qu’une économie de plein emploi comme Hong Kong pourrait se le permettre. D’autres, craignant l’impact d’une telle mesure sur les petits commerces, envisagent plutôt la création d’un revenu complémentaire distribué par le gouvernement.

Parmi les autres pistes sérieuses, les autorités songent à relancer le programme de logements sociaux ou à introduire un véritable système de retraite. Quadrature du cercle, le gouvernement cherche également à préserver une fiscalité attractive, un endettement public modéré (31% du PIB) et un environnement légal propice aux affaires. Bref, les arbitrages difficiles vont commencer et, à l’autre bout du monde, une partition que nous connaissons bien commence à se jouer…


Article publié dans La Tribune le 21 octobre 2013

Lire sur latribune.fr