Foot en Chine

La Chine, le futur grand marché du foot mondial ?

Bien que leur équipe n’ait pas été qualifiée pour la Coupe du Monde au Brésil, les Chinois ont suivi le tournoi avec attention, multipliant les paris et les nuits sans sommeil. Un intérêt grandissant de la population qui fait de la Chine le prochain grand marché du foot malgré les déboires de l’équipe nationale.

Du point de vue du football, la Chine est un paradoxe. Avec plus de 1,3 milliard d’habitants et un niveau de vie en hausse, le pays pourrait a priori faire partie de ces nouvelles nations du football qui ont émergé dans les années 1990 à l’instar des Etats-Unis, de la Corée du Sud et du Japon, trois pays régulièrement présents en Coupe du Monde et capables, sinon de gagner le tournoi, de produire au moins des équipes solides et quelques joueurs de très grande qualité.

Le futur grand marché du foot mondial

Malgré un réservoir de population impressionnant, la Chine ne s’est pourtant qualifiée que pour une seule Coupe du Monde. C’était en 2002, sous l’égide du coach serbe Bora Milutinovic, l’homme qui a dirigé cinq équipes différentes en Coupe du Monde (Mexique en 1986, Costa Rica en 1990, USA en 1994, Nigéria en 1998 et Chine en 2002). Le niveau intrinsèque des joueurs plus que leur sérieux est sans doute la cause de ce manque de succès. Milutinovic lui-même dira que c’est en Chine qu’il a vu pour la première fois des joueurs prendre des notes lors de discussions tactiques. Ce ne fut pourtant pas suffisant. Le bilan de la Chine en 2002 fut désastreux : trois défaites, neuf buts encaissés et aucun marqué.

Malgré la faiblesse de l’équipe nationale, la Chine reste pourtant pour beaucoup le futur grand marché du foot mondial. Les clubs européens ne s’y sont pas trompés et beaucoup y organisent d’ailleurs des stages de pré-saison, à l’instar de Manchester City, Tottenham Hotspur et Sunderland l’an dernier et du PSG, de Hambourg et du Werder Brême cette année. L’idée est d’y faire grandir leur cote d’amour et d’y vendre des maillots et des produits dérivés.

L’exemple de Manchester United

Les enjeux financiers sont colossaux pour les clubs européens. Le montant record du nouveau contrat liant Manchester United et Adidas s’explique en grande partie par la popularité de ce club en Asie, notamment en Thaïlande, à Singapour et en Chine. Signé pour un montant de 97 millions de dollars par an pendant dix ans, il vaut deux fois plus que celui qui lie le Real Madrid à Adidas (47 millions par saison) et trois fois plus que celui signé entre Nike et le PSG (30 millions par saison). Manchester United est d’ailleurs de loin le club de football le plus populaire en Chine. Il est également le seul à avoir une boutique dédiée dans la plus grande galerie marchande du pays, celle du casino Venetian à Macao.

Opération séduction du foot français

Le marché chinois est également crucial, non seulement pour les clubs mais également pour les ligues professionnelles nationales, qui sont souvent celles qui gèrent les droits télévisuels des rencontres de championnat (et qui redistribuent ensuite les montants collectés aux différents clubs participants). Dans ce contexte, il n’est pas anodin que ce soit à Pékin que se disputera cet été le Trophée des Champions, le match de gala qui oppose le Champion de France et le vainqueur de la Coupe de France.

Les dirigeants de la Ligue de Football Professionnelle ont en effet comme projet de séduire les nouveaux fans chinois, un marché jeune mais déjà très clairement dominé par la « Premier League », le championnat anglais. A titre de comparaison, les droits télévisuels à l’étranger de la Premier League sont très supérieurs à ceux de la Ligue 1 (80 millions d’euros par an pour le championnat de France contre 864 millions pour l’Angleterre, dont 123 millions uniquement pour la diffusion des matches à Hong Kong et Singapour).

Favoriser l’émergence des talents locaux

Le futur du football en Chine, tant d’un point de vue sportif que commercial, passe cependant à terme par l’émergence de talents locaux. La professionnalisation du championnat – qui a désormais David Beckham pour ambassadeur – est donc désormais de mise.

Pour aider à faire progresser les joueurs chinois, le recrutement de talents extérieurs est aujourd’hui de mise. A Canton, le Guangzhou Evergrande – le club racheté par le milliardaire Xu Jiayin – a recruté comme entraîneur Marcello Lippi, le sélectionneur de l’équipe italienne championne du monde en 2006. La tendance est la même au niveau de l’équipe nationale, où l’entraîneur français Alain Perrin, ancien coach de l’Olympique Lyonnais, a succédé en février à l’Espagnol Jose Antonio Camacho, ancien sélectionneur de l’Espagne.

Séduire les enfants

Pour continuer à grandir, le football chinois (103ème nation mondiale selon le classement FIFA) doit cependant désormais compter beaucoup plus de pratiquants. En effet, même si le réservoir de population est immense, il y a encore très peu d’enfants qui jouent de façon effective au football dans un club.

Les jeunes les plus sportifs sont en effet très souvent poussés vers d’autres sports dans lesquels la Chine a déjà une histoire et dans lesquels, il est plus facile de glaner des titres de champion du monde. Il faut en effet 23 joueurs de haut niveau pour remporter une Coupe du Monde alors qu’un gymnaste de grand talent peut rapporter à lui seul plusieurs médailles aux JO.


Article publié dans La Tribune le 16 juillet 2014

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