Hong Kong Chine

Hong Kong bientôt avalée par la Chine ?

Depuis son retour dans le giron chinois, Hong-Kong vit une relation amour-haine avec son grand voisin. L’ouverture de la Chine représente en effet une opportunité fantastique mais pose aussi la question du futur de la ville.

L’une des découvertes les plus étonnantes que font les Occidentaux qui s’installent à Hong Kong est le mépris que les habitants de la ville témoignent en général à leurs compatriotes de Chine continentale. Les propos sont souvent directs, surprenants de franchise et très loin du politiquement correct. Ce qui pourrait ressembler à une triste affaire de racisme ou, tout du moins, de peur de l’autre, est pourtant plus complexe.

La porte d’entrée des Chinois sur le monde libre

Personne à Hong Kong ne nie que la ville a construit sa richesse grâce à la Chine. C’est sa position de porte d’entrée sur ce pays qui a fait son bonheur, d’abord sous la présence britannique et, depuis 1997, sous le principe « un pays, deux systèmes ». Sans cette proximité, la ville n’aurait jamais eu le développement qu’elle a connu. Si les entreprises du monde entier s’installent ici, c’est en effet davantage pour mettre un pied sur le marché chinois (1,3 milliards d’habitants), que pour conquérir la ville (8 millions d’habitants).

A l’inverse, Hong Kong est aussi la porte d’entrée des Chinois sur le monde libre. Beaucoup de riches Chinois y investissent et profitent d’un environnement juridique stable pour y mettre leurs fortunes à l’abri. L’Etat de droit y garantit la propriété et les hommes d’affaires ne sont pas soumis aux caprices d’un baron local ou d’une justice peu transparente comme c’est encore trop souvent le cas en Chine malgré les améliorations récentes. D’autres Chinois, moins fortunés, y font du shopping de façon régulière et achètent des produits (notamment des marques françaises) non disponibles chez eux.

Des afflux de population problématiques

Pour les Chinois de Chine continentale, Hong Kong est presque un paradis. Cela reste la Chine mais c’est plus propre, plus riche, plus sûr, plus libre, moins peuplé et moins pollué. Ils sont donc de plus en plus nombreux à venir s’y installer. Jusqu’à très récemment, de nombreuses Chinoises venaient d’ailleurs accoucher à Hong Kong car le territoire pratique le droit du sol et donne à tous ceux qui y sont nés le droit à une santé et une éducation gratuite. Devant l’opposition grandissante des Hongkongais, il est cependant aujourd’hui devenu très difficile pour une femme enceinte chinoise de franchir la frontière.

Cet afflux de population créé nécessairement des tensions. Il entraîne une forte augmentation des prix de l’immobilier (Hong Kong est la ville la plus chère du monde) et une pression sur le système éducatif et de santé. A la dernière rentrée, de nombreuses familles hongkongaises qui n’ont pas eu de places en crèche se sont plaintes que des familles chinoises habitant près de la frontière ont pu, elles, inscrire leur enfant sans problème.

Une défiance vis à vis de la Chine

Ces tensions sont renforcées par le comportement des Chinois, qui choque les Hongkongais mais aussi le reste de l’Asie. Pékin en a d’ailleurs conscience et a édité récemment un livre de bonnes manières à destination des voyageurs, comprenant que la mauvaise image véhiculée par les Chinois à l’étranger pouvait nuire au rayonnement pays.

Cette défiance vis-à-vis des Chinois dépasse cependant le cadre classique d’un pays qui a peur de ses immigrés et d’immigrés qui n’ont pas encore assimilé les habitudes du pays dans lequel ils s’installent. En effet, ici, les Chinois sont chez eux et Hong Kong fait pleinement partie de la Chine, bien qu’aujourd’hui intégrée sous un système politique différent.

Un système politique sous tension

Selon l’accord sino-britannique de 1997, ce système n’est cependant garanti que jusqu’en 2047. Les Hongkongais appréhendent donc cette date et craignent la lente mainmise de Pékin sur la politique locale. Ici, chaque décision gouvernementale est analysée pour savoir si elle a été dictée par le grand frère du nord. Récemment d’ailleurs, le refus d’attribuer une licence de télévision à un nouveau groupe privé a provoqué un émoi et des manifestations car beaucoup se sont demandés si ce refus n’était pas dû aux propos très durs que le dirigeant de ce groupe avait eu sur la Chine il y a quelques années.

C’est dans ce contexte, qu’il faut relire les relations entre la Chine et Hong Kong. La ville a besoin de son voisin mais elle a peur de perdre ses libertés politiques et son identité. Elle a peur aussi de Shanghai, dont la free-trade zone lancée récemment pourrait venir concurrencer sa position de centre financier.


Article publié dans La Tribune le 9 décembre 2013

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