Le pari culturel de Hong Kong

Le pari culturel de Hong Kong

D’un point de vu culturel, l’ancienne colonie britannique est un paradoxe. Alors que la ville est devenue ces dernières années un lieu incontournable du marché de l’art, et notamment de l’art asiatique, Hong Kong a encore du mal à s’imposer totalement comme un centre culturel de premier plan.

L’enrichissement d’un pays favorise le développement artistique

Comme toujours cependant, autrefois en Europe puis aux Etats-Unis (et aujourd’hui en Chine), l’enrichissement d’un pays favorise le développement artistique. Des millionnaires s’amourachent d’un peintre ou d’un sculpteur, s’improvisent collectionneurs ou mécènes et découvrent de nouveaux talents. Dans la Chine d’aujourd’hui, c’est à Hong Kong que se joue cette musique bien connue. Du fait de son ouverture politique et économique, la ville concentre en effet, dans ce domaine, l’essentiel des transactions du pays. Deux fois par an, en mai et en octobre, la maison de vente Christie’s organise d’ailleurs de grandes ventes aux enchères, délocalisées au Centre des Expositions, dont les ventes d’art chinois, peintures et vases, sont aujourd’hui le point d’orgue. En début de semaine, les peintures de Huang Yong Yu ont atteint de nouveaux records et un vase de la période Hongwu (1368-1398) s’est vendu à plus de 2,3 millions de dollars.

Malgré cela, Hong Kong est encore en retrait d’un point de vue culturel. La ville souffre notamment d’avoir détruit de nombreux bâtiments de l’époque coloniale pour construire des tours d’habitations et de bureaux. Le manque d’un grand musée moderne en est aussi l’explication, même si l’an dernier, des expositions comme Fabergé ou Warhol ont témoigné de la capacité du Hong Kong Museum of Art à attirer des œuvres de renommée mondiale.

Un projet culturel au coût énorme

Prévue en 2017, l’ouverture du M+ Museum, dans le quartier de Kowloon, s’inscrit dans une politique d’affirmer un peu plus l’identité culturelle de Hong Kong. L’objectif est de mettre en valeur des artistes chinois dans un bâtiment ultramoderne, construit par la firme Herzog & de Meuron, deux architectes suisse, honorés du Pritzker Prize en 2001 (le Nobel d’architecture) et connus pour avoir construit notamment la Tate Modern à Londres, l’Allianz Arena à Munich ou le stade olympique de Pékin.

Ce projet ambitieux commence pourtant à avoir des détracteurs. Il faut dire que le budget prévisionnel a sérieusement dérapé. Evalué au début à un peu plus de 2 milliards d’euros (en incluant la construction de nouveaux transports publics pour accéder au site), le coût du projet a aujourd’hui atteint presque le double. Un montant astronomique, qui commence à faire grincer des dents.

Un espace d’exposition qui fait deux fois la Tate Modern

Le M+ Museum est pourtant plus que jamais sur les rails. L’espace d’exposition total devrait atteindre 15.000 m2, soit le double de la Tate Modern. Signe de l’enthousiasme autour de ce musée, les dons spontanés pour les achats d’œuvres ont atteint 140 millions d’euros, plus de trois fois le budget annuel d’acquisition du Musée du Louvre.

De nombreux collectionneurs privés participent également à la constitution du fonds du futur musée. L’un d’entre eux, l’homme d’affaires et ancien ambassadeur de Suisse en Chine, Uli Sigg, a fait don de l’ensemble de sa collection, évaluée à près de 120 millions d’euros.


Article publié dans La Tribune le 3 juin 2014

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