Macau

Vu de Macau, Las Vegas est désormais petit, tout petit

Karl Lagerfeld aura bientôt son hôtel à Macau. Il l’a annoncé début mars après le défilé Chanel. Un bâtiment de 20 étages qui doit s’intégrer à un gigantesque ensemble immobilier. Un nouveau projet pharaonique qui montre à quel point l’ancienne colonie portugaise a changé depuis son retour à la Chine en 1999.

L’ouverture du Karl Lagerfeld Hotel est prévue en 2017. Il sera construit aux côtés des hôtels Lisboa Palace et Palazzo Versace, au cœur d’un ensemble hôtelier luxueux qui devrait accueillir à terme plus de 2.000 chambres ainsi que des salles de conférences, un théâtre, des restaurants et une galerie commerciale.

Le jeu, un marché florissant

Porté par la Sociedade de Turismo e Diversões de Macau (SJM), le projet doit permettre à cette dernière de faire face à la concurrence des casinos américains, autorisés dans l’ancienne colonie portugaise depuis la fin du monopole de la STDM en 2002. Créée dans les années 60 par Stanley Ho, aujourd’hui l’homme le plus riche de Macau, célèbre en Asie, autant pour sa fortune que pour ses quatre femmes et ses dix-sept enfants, la STDM doit désormais composer avec les standards de qualité imposés par les nouveaux entrants : Wynn, MGM, Galaxy et Sands.

Pas de panique pour autant parmi les géants du secteur. Le jeu à Macau est un marché florissant. Autrefois appelée le « Las Vegas asiatique », l’expression serait aujourd’hui une insulte pour l’ancienne colonie portugaise. En 2013, le chiffre d’affaires des casinos de Macau était plus de sept fois supérieur à celui de Las Vegas. Oui, sept fois. 6 milliards de dollars pour Las Vegas ; plus de 45 pour Macau.

Une passion chinoise

Ces dernières années, les projets les plus fous se sont succédés dans la ville qui, comme Hong Kong, fait partie de la Chine tout en conservant un statut politique autonome. En 2007, la STDM ouvrait le Grand Lisboa, un hôtel casino de 261 mètres en forme de fleur qui accueille – hommage à la France ! – un trois étoiles de Joël Robuchon sur son toit. La même année, le groupe Sands ouvrait le Venetian Macau, un casino inspiré de Venise, sur le modèle de celui de Las Vegas. Presque le même en fait, juste deux fois plus grand.

Le succès de Macau est porté par la passion des Chinois pour le jeu et le fait que la ville soit le seul endroit du pays où les paris sont légaux. Résultat : la dépense moyenne par visiteur y est de 1.354 dollars contre 156 à Las Vegas et 112 à Atlantic City.

La population, avantage ou handicap ?

Signe du poids de la Chine dans l’économie mondiale du fait de sa population, les acteurs du secteur sont encore optimistes sur les perspectives locales de croissance. Le nombre annuel de visiteurs à Las Vegas représente 13% de la population américaine. Si le même pourcentage de Chinois allaient à Macau, le nombre de visiteurs serait de 200 millions, très loin des 30 millions enregistrés actuellement.

Comme beaucoup d’endroits en Chine cependant le poids de la population devient parfois un handicap. Pour le nouvel an chinois cette année, le centre ville a dû être fermé quelques heures du fait de l’impossibilité de circuler à pied. Pour Macau, les nouveaux développements passeront donc dans le futur par un agrandissement territorial. L’île d’Hengqin qui fait partie de la Chine pourrait offrir cette opportunité. A deux pas de Macau, elle pourrait bientôt accueillir des hôtels et des salles de conférence. Depuis le début de l’année, un parc de loisir y a d’ailleurs déjà ouvert. Le premier pas, disent certains, pour faire de Macau un business total de 100 milliards de dollars.


Article paru dans La Tribune le 21 mars 2014

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